« Se reconnecter au vivant, c’est retrouver le chemin de notre humanité » : des pistes pour ouvrir des espaces · Articles & interviews
Au micro de l’émission Inspiration sur RCF Lyon, Françoise Keller, auteure, conférencière et formatrice certifiée en CNV, nous invite à revisiter un mot que l’on croit connaître : la connexion.
« Nous ne sommes pas des machines », rappelle-t-elle, il nous faut réapprendre à nous connecter à l’essentiel et à « habiter notre vie » plutôt que de la subir. Dans un monde secoué par les crises et les accélérations, elle nous propose un déplacement intérieur décisif, un véritable retournement intérieur : et si le véritable enjeu était de se reconnecter au vivant en nous et autour de nous ?
« Et si nous parlions de reconnexion plutôt que de déconnexion ? »
Le point de départ est simple, presque déroutant : et si le véritable enjeu n’était pas de se déconnecter… mais de se reconnecter ?
Françoise Keller partage une prise de conscience née de son expérience et de ses accompagnements : le vocabulaire que nous utilisons façonne notre manière de voir le monde. Parler de “déconnexion” pour évoquer un temps de repos masque une réalité plus profonde : celle d’un besoin vital de se relier à ce qui compte vraiment — la nature, les autres, soi-même.
Derrière ce glissement de langage se cache une dérive plus large : celle d’une vision mécanisée de l’être humain. À force de se comparer à des machines — “recharger les batteries”, “changer de disque dur” — nous risquons de nous couper de notre nature de vivants, sensibles et incarnés.
Dans un contexte marqué par l’accélération et l’irruption de l’intelligence artificielle, cette vigilance devient essentielle. Car, comme elle le souligne, se percevoir comme une machine peut nous amener à accepter l’inacceptable.
« Le vivant a ses rythmes — et nous aussi »
Face à cette perte de repères, Françoise Keller nous ramène à une évidence oubliée : nous sommes des êtres biologiques, soumis à des rythmes. Comme la nature, nous avons besoin de saisons, de pauses, de maturation. On ne tire pas sur une plante pour la faire pousser plus vite — pourquoi le ferait-on avec nous-mêmes ? Dans ses accompagnements, elle observe combien il est devenu difficile de ralentir, d’écouter ses émotions, de faire de la place à ce qui se vit intérieurement. Pourtant, c’est précisément là que se joue la reconnexion : dans cette capacité à accueillir ce qui est, sans chercher à aller plus vite que la vie.
Elle met aussi en lumière l’impact des récits inconscients qui nous habitent : compétition, performance, domination… Autant de schémas qui influencent nos comportements sans que nous en ayons toujours conscience. Retrouver le vivant en soi, c’est alors apprendre à discerner : distinguer nos besoins profonds des
injonctions extérieures, sortir de la confusion entre “ce qui est habituel” et “ce qui est naturel”.
« Se donner des espaces pour écouter la vie en soi »
Au cœur de son message, une invitation simple et exigeante : créer des espaces. Des espaces pour ralentir, des espaces pour écouter, des espaces pour fermer une expérience avant d’en ouvrir une autre.
Dans un quotidien saturé de sollicitations, ce “sas” devient vital. Sans lui, nous risquons de vivre en surface, emportés par le flux, jusqu’à ce que le corps lui-même impose l’arrêt. Se reconnecter au vivant, c’est aussi réapprendre des gestes fondamentaux : écouter sans interrompre, accueillir une émotion comme une vague, prendre le temps de ressentir avant de réagir. C’est un chemin d’attention, presque d’humilité, qui nous ramène à notre juste place.
« Une invitation à habiter pleinement la vie »
À travers cet échange, Françoise Keller nous ouvre un chemin concret et profondément humain : celui d’une reconnexion à notre nature profonde. Un chemin qui passe par le ralentissement, l’écoute, et la redécouverte de nos besoins essentiels. Et si, dans le tumulte des crises, le véritable défi était là : retrouver en nous l’espace où la vie peut à nouveau respirer — et se déployer.
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