Un regard personnel à contre-courant sur Avatar 3 · Actualités
Beaucoup d’écrits célèbrent le dernier Avatar comme une immense révolution. Un film présenté à la fois comme un miroir de notre monde et comme une œuvre qui viendrait enfin déconstruire l’image idéalisée des peuples dits spirituels et pacifiques.
Sur le principe, je comprends l’enthousiasme.
- Oui, nous avons toutes et tous des zones d’ombre. Les reconnaître peut ouvrir à plus de lucidité.
- Oui, la connexion à la Nature, le respect du vivant et la bravoure de peuples qui se lèvent face à une structure oppressive sont des valeurs qui me parlent profondément.
Et pourtant… j’ai une lecture différente. Beaucoup de choses me heurtent profondément dans ce film — et dans l’enthousiasme qu’il suscite. Ce qui me questionne, c’est l’intention cinématographique et surtout ce que le grand public risque d’intégrer, à partir d’un film qui rayonne à grande échelle.
Le message principal que je perçois, encore et encore, pourrait se résumer ainsi :
- Même quand on est pacifique, faire la guerre devient légitime.
- Tuer devient nécessaire.
- Et surtout… il n’y aurait pas d’autre option.
On reste, selon moi, dans une vision extrêmement manichéenne :
- Les « gentils » d’un côté,
- Les « méchants » de l’autre,
- Et une conclusion implicite : il est normal que les « gentils » tuent les « méchants », puisqu’ils sont « très très méchants ».
Ce n’est pas très subtil.
Résultat : une apologie de la guerre, emballée dans un écrin esthétique somptueux et parsemée de valeurs écologiques, ce qui embrouille bien les esprits. Peu de nuances. Peu de zones grises. Peu d’exploration intérieure, en réalité.
Dans un monde où certains cherchent déjà à nous faire croire que la guerre serait l’unique voie de protection… cela fait froid dans le dos.
Selon la rumeur, le réalisateur James Cameron avait l’intention de renverser ce paradigme dans les prochains volets, mais cela reste à vérifier. En attendant, quels dégâts au niveau collectif en matière d’idéologie véhiculée !!
Quant à l’argument qui présente ce film comme un miroir de notre monde, je reste assez perplexe. De mon point de vue, un film qui fait miroir n’a d’intérêt que lorsqu’il révèle quelque chose de peu visible ou peu conscientisé collectivement.
Or, sauf erreur de ma part, nous sommes déjà largement au courant que nous vivons dans un monde traversé par la violence et la guerre. Je ne suis pas certaine que nous ayons encore la nécessité d’en être spectateur·ices — à nouveau — pour le comprendre. C’est plutôt délétère à vrai dire.
Enfin, concernant le rapport sacré à la Nature, je reconnais et salue cette dimension. Elle m’est également chère. Et en même temps, je n’y ai pas perçu d’apport fondamentalement nouveau par rapport au premier Avatar (qui fut pour moi un grand « Woaw » de ce point de vue-là).
ATTENTION : à partir d’ici, j’évoque directement des scènes du film. Cela peut gâcher la découverte pour une personne ne l’ayant pas encore vu.
Ce qui me frappe, c’est l’absence quasi totale de conflit intérieur quand certains personnages passent de la non-violence à la violence extrême.
Il y a parfois une résistance au début, certes… mais une fois le choix posé :
- Pas de culpabilité,
- Pas de honte,
- Pas même un léger doute du type : « Tiens, est-ce que ça colle encore avec ce qu’on prône depuis des générations ?”
On bascule d’une extrême à l’autre comme on change de monture.
C’est vrai pour les peuples Na’vi, comme pour les Tulkun, pourtant présentés comme profondément pacifiques : un jour ils ne tuent pas, le lendemain ils tuent. Sans malaise, sans trace intérieure. Fin de l’histoire.
Sur la question des femmes et du pouvoir, j’avoue avoir eu un moment d’espoir en voyant le peuple des cendres, mené par Varang, présentée comme une cheffe forte, souveraine, indépendante… Quelque chose de nouveau peut-être ?
Et puis arrive le colonel Miles Quaritch. Ils se mettent ensemble, et la hiérarchie masculine reprend sa place. La figure féminine se retrouve reléguée, presque invisibilisée. Elle est à son service. Et tout ça semble… parfaitement normal.
D’autant plus que, pour moi, ce retournement n’est pas crédible une seconde, au regard de la puissance de ce personnage.
Quant à l’éducation dans le foyer de Jake Sully et Neytiri, là, c’est un « no man’s land » relationnel. Tout repose sur :
- L’obéissance,
- La validation paternelle,
- La méritocratie affective,
- Et une quasi-absence de reconnaissance de la parole de l’enfant.
L’amour conditionnel est omniprésent. La connexion, beaucoup moins.
En résumé, ce film ne renverse pas à mes yeux les paradigmes dominants. Il les reproduit, fidèlement. Sous couvert de spiritualité, de nature et de peuples opprimés, il continue de raconter la même histoire : la violence comme solution ultime.
- Oui, il est capital de se protéger et d’empêcher les oppresseurs de nuire. Oui à l’usage protecteur de la force.
- Non, je ne pense pas que la guerre soit la solution. Il peut exister d’autres voies, qui ne nourrissent pas ce paradigme de dualité et de destruction.
Cet article n’est pas destiné à convaincre, encore moins à dire “qui a raison”. C’est simplement une autre lecture, une autre sensibilité à partir des valeurs qui me tiennent à cœur, qui peut-être sera source de questionnement, prise de conscience voire d’inspiration pour les lecteurs et lectrices.
Avec un plein respect des perceptions et ressentis de chacun·e au sujet de ce film.
Image : © 20th Century Studios / Disney