J’imagine qu’il vous est déjà arrivé de dire quelque chose… et de regretter aussitôt le ton employé ?
Une parole plus dure que prévu.
Un jugement lancé sous le coup de l’émotion.
Une exigence qui ferme la discussion alors que vous souhaitiez l’ouvrir.

Nous avons, pour la plupart, été éduqués dans ce que l’on appelle le paradigme “chacal”.

Le paradigme « chacal » : se percevoir séparé et se protéger

Il repose sur une croyance implicite : nous sommes séparés les uns des autres, et séparés de la nature.

Comme dans le règne animal, face à la peur, notre système nerveux autonome peut prendre le relais : nous attaquons, nous fuyons ou nous nous coupons de la réalité. Et notre langage reflète ces réactions de protection par des jugements, critiques, exigences ou dénis de notre responsabilité (nous attribuons le « tort » à l’autre).

Par exemple : Je vois que la vaisselle n’est pas faite alors que c’est son tour, j’ai peur du non-respect de notre règle, et je dis : « Tu ne fais jamais attention ! »

Ce langage active chez l’autre le même système de protection, alimentant ainsi une spirale de méfiance et de séparation.

Le paradigme « girafe » : traduire la peur en langage de lien

Le fondateur de la Communication NonViolente, Marshall Rosenberg, a mis en lumière des étapes concrètes pour vivre ensemble en paix.

Cette approche propose de comprendre et d’apaiser ses émotions et ensuite, avec l’intention de prendre soin de la relation, de s’exprimer avec des mots qui permettent à l’autre de rester à l’écoute, plutôt que de déclencher son système de protection.

Dans ce paradigme, la question n’est plus « Qui a tort ? », c’est plutôt « Qu’est-ce qui est vivant en moi et entre nous ? »

Reprenons l’exemple :

Après avoir clarifié l’émotion présente et le besoin en lien pour moi dans la situation, je dis « Je vois que la vaisselle est restée dans l’évier, je suis inquiète car j’aimerais vivre de l’attention par rapport aux règles que l’on s’est fixées, est-ce que tu sais que c’est ton tour ? »

Le ton change parce que j’ai clarifié le message de mon émotion (auto-empathie).
L’espace relationnel change (le système de défense de l’autre a moins besoin de s’activer).

Quelles sont nos aspirations ?

Nous aspirons tous à la joie, à l’amour, la paix, la coopération.
Pourtant, embarqués collectivement dans le paradigme de la survie, nous en oublions parfois ce que signifie réellement vivre.

Aujourd’hui, nous disposons des connaissances nécessaires pour nous relier consciemment à la vie. Cependant ce chemin demande un engagement personnel.

Le chemin : l’engagement

Passer du « chacal » à la « girafe » n’est pas un idéal abstrait, c’est :

  • Se relier à ce qui vit en nous

Accueillir nos émotions, reconnaître nos besoins, faire des choix conscients — dans nos actes, nos paroles et même nos pensées.
Comme le suggère le conte du loup noir et du loup blanc, inspiré d’une légende cherokee : celui que nous nourrissons grandit.

  • Célébrer la vie

S’émerveiller d’un coucher de soleil.
S’enivrer du parfum d’une rose.
Se laisser traverser par un chant d’oiseau.
Sentir la caresse du soleil sur sa peau.
Savourer un carré de chocolat qui fond dans sa bouche.

Développer la gratitude envers ce que nous apprécions en nous, chez les autres, et au-delà, en faisant appel à tous nos sens.
Dire merci. Encore et encore.

  • Honorer notre interdépendance

Prendre pleinement la place qui est la nôtre. Pour cela nous avons à cultiver notre assertivité en clarifiant ce qui nous habite, en osant une conversation honnête et aussi en accueillant l’impact de nos paroles et de nos actes sur les autres ou la nature, et en nous ajustant lorsque cela est nécessaire.
Les trois axes de la Communication NonViolente nous soutiennent dans cette voie : l’auto-empathie, l’expression authentique et l’écoute empathique.

Passer du « chacal » à la « girafe », c’est aussi changer de vision du monde.

C’est reconnaître que nous ne sommes pas des individus isolés en compétition, plutôt des êtres profondément interdépendants.
La Terre nous nourrit. Elle nous offre l’air, l’eau, la nourriture, la beauté. Chaque respiration nous relie à elle.
S’engager pour la vie qui nous habite, c’est aussi s’engager pour la Terre qui rend cette vie possible. Chaque petit geste compte :
– Ramasser une canette dans un fossé.
– Prendre soin d’un rosier.
– Imaginer et honorer le chemin parcouru par la nourriture présente dans son assiette…

Ces gestes ne sont pas anodins. Ils nous sortent de l’impuissance, ils nous mettent en mouvement. Ils rétablissent la cohérence entre nos valeurs et nos actes.

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Passer du paradigme « chacal » au paradigme « girafe » n’est pas un idéal abstrait.
C’est un choix quotidien.

Un choix de conscience.
Un choix de responsabilité.
Un choix d’amour.

Et ce choix peut commencer aujourd’hui.

Photo de Jens Lelie sur Unsplash