« Nous avons tous de la valeur, quoi qu’il se passe » · Articles & interviews
Au micro de l’émission Inspiration sur RCF Lyon, Françoise Keller, auteure, conférencière et formatrice certifiée en CNV, nous propose de revisiter notre regard sur nous-mêmes et sur les autres. À travers la communication non violente, elle ouvre un chemin exigeant et profondément humain : reconnaître la dignité de chacun, même dans le désaccord. Elle nous invite à porter sur nous-même et sur les autre un regard bienveillant, un regard qui espère. À travers des exemples très concrets, Françoise Keller montre comment les jugements abîment les relations — et comment il est possible, pas à pas, de cultiver davantage de respect, de gratitude et de joie.
Comment continuer à se respecter — et à respecter l’autre — dans un monde saturé de jugements ?
Pourquoi ce thème de la reconnaissance de la valeur de la personne humaine est-il si essentiel aujourd’hui ? Françoise Keller part d’un constat préoccupant. Dans une enquête menée auprès de personnes engagées dans la transition écologique et sociale, une grande partie des paroles blessantes recueillies relevaient du mépris ou de la dévalorisation. Pour elle, ces jugements ne sont pas anodins : ils atteignent profondément les personnes et fragilisent les relations. Elle s’inquiète d’ailleurs de voir se banaliser, dans la parole publique, des formes de violence verbale qui finissent par sembler normales.
La formatrice en communication non violente rappelle une distinction fondamentale : il existe une différence entre les jugements de valeur et les jugements moralisateurs. Ne pas être d’accord avec quelqu’un est légitime. En revanche, réduire l’autre à un être « méprisable » abîme sa dignité. « La bonne nouvelle, c’est qu’on peut respecter l’autre tout en n’étant pas du tout d’accord avec lui ».
Françoise Keller insiste alors sur cette conviction centrale : chaque être humain possède une dignité inaliénable. Même dans le conflit, même dans l’opposition, il reste possible de reconnaître ce qu’il y a de profondément humain chez l’autre.
« Nous ne jouons pas au Monopoly dans les relations humaines »
Au fil de l’entretien, Françoise Keller explore aussi la manière dont nous nous dévalorisons nous-mêmes. Comparaisons permanentes, exigences irréalistes, recherche de perfection : autant de mécanismes qui fragilisent l’estime de soi et rendent les relations plus tendues. Elle évoque avec simplicité cette petite voix intérieure qui pousse chacun à se comparer à un modèle impossible à atteindre. Une violence discrète mais quotidienne, souvent héritée d’une culture de la compétition.
Pour sortir de ce cercle, elle invite à changer de regard : reconnaître ses limites sans s’y enfermer, accueillir ses fragilités avec davantage de douceur, apprendre à voir aussi la beauté du réel.
L’image de l’arbre revient alors comme un fil conducteur : être comme un arbre qui se laisse traverser par le vent et les saisons, mais demeure enraciné.
Cultiver davantage de respect, de gratitude et de paix intérieure
Françoise Keller propose également des pistes très concrètes : transformer les exigences en « plus petits pas possibles », pratiquer la gratitude, reconnaître les gestes simples qui prennent soin de la vie, ou encore remplacer le « je n’ai pas le choix » par la conscience des choix que nous faisons réellement.
Elle rappelle enfin combien ce chemin ne peut se vivre seul : « Nous avons besoin de tout un village pour cultiver l’estime de soi, la confiance en soi et l’amour de soi ». Dans un monde traversé par les crispations et les jugements, cette conversation ouvre un espace : celui d’une parole qui réconcilie fermeté et délicatesse, lucidité et espérance. Une invitation à avancer, « petit pas par petit pas », vers davantage de respect de soi et des autres.
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