Je ne suis pas violent, moi ! · Articles & interviews
« Mais je ne suis pas violente moi ! Au contraire, j’essaie toujours d’être conciliante et d’éviter les conflits. C’est mon collègue qui devrait faire la formation ! »
Combien de fois ai-je entendu cela de la part de participants qui n’étaient pas volontaires pour s’inscrire à une formation en Communication NonViolente et qui ne savaient pas trop à quoi s’attendre.
Et pourtant, nous sommes tous concernés. La violence, ce n’est pas que l’agressivité, les insultes ou les coups ! Nous avons en effet tendance à confondre violence avec intensité, alors que la violence se niche un peu partout dans notre quotidien, parfois incognito. Nous y sommes tellement habitués que nous ne la voyons même plus ! Jusqu’au jour où une personne explose ou fait un burn-out… Et on s’interroge : mais que lui est-il arrivé ?
Il y a bien sûr la violence structurelle inhérente à certaines organisations (manque de ressources, manque de clarté dans la définition des rôles de chacun, structuration non adaptée à l’activité de l’organisation, …). La liste serait longue et je vais m’intéresser ici plutôt à la violence présente dans les relations interpersonnelles.
- Il y a d’abord la violence envers soi :
A chaque fois que je subis sans rien dire une situation qui me dérange, je suis violent(e) envers moi-même. Cela a un impact sur mon estime de moi et ma confiance en moi, de même que la petite voix qui me répète en permanence que je suis nulle, que j’aurais dû faire autrement, etc…
A chaque fois que je ne prends pas mes besoins en compte (par exemple j’ai besoin de repos et je continue à surcharger mon agenda), je me fais violence.
- Et puis la violence envers l’autre :
A chaque fois que j’agis sans tenir compte des besoins de l’autre, je suis violente. Lorsque je m’exprime sous forme de jugements, de reproches, d’exigences, je peux être violente… Les non-dits sont également source de violence !
Je peux parfois être violente avec la meilleure intention du monde, car, sans le vouloir, j’ai pu dire ou agir d’une façon que l’autre a trouvé violente. Il ne s’agit pas alors de la juger « tu es quand même hypersensible, je n’ai rien dit de méchant ! », mais d’accueillir le fait qu’une personne a perçu ma parole ou mon comportement comme violent.
Pour revenir à l’intensité, quelqu’un qui a été élevé dans une famille dans laquelle le ton monte facilement peut se sentir très à l’aise avec des paroles dites avec intensité (« on discute, c’est bien !), tandis que d’autres peuvent vivre la même intensité comme une agression. Alors que l’on peut aussi s’exprimer avec intensité sans pour autant être violent et porter atteinte à l’intégrité de l’autre (le « cri girafe »).
Vous l’aurez compris, il est difficile d’établir une liste officielle de « ce qui est violent et ce qui ne l’est pas ». Pour autant, la violence est partout, il suffit de s’entraîner à repérer les petits malaises, les inconforts, que nous avons appris à réprimer en nous disant « ce n’est pas grave ! ».
La Communication NonViolente nous permet d’affiner notre perception pour repérer la violence ordinaire que nous subissons au quotidien et la violence qui est en nous, pour pouvoir transformer cette énergie « contre » soi ou l’autre en énergie « pour » ou « avec ». Il ne s’agit pas de se culpabiliser ou de culpabiliser l’autre, mais d’être plus conscients de ce que nous vivons pour retrouver du pouvoir d’action.
Alors, vous pensez toujours que vous n’êtes pas violents ?