« Regarder, c’est oublier les noms des choses que l’on voit » dit laconiquement Paul Valéry.

 

Vous connaissez peut-être la légende des moines copistes ?

Avant l’invention de l’imprimerie, les textes sacrés étaient copiés par les moines dans les monastères.

Lorsque le moine savait lire, il pouvait y avoir des coquilles, des mots étant pris les uns pour les autres.

Par étourderie, par fatigue, il arrivait qu’il oublie ou change une lettre.

Par exemple : « fin » au lieu de « faim », « sire » au lieu de « cire » (les homonymes* de notre langue française), « éminent » au lieu de « imminent », « effraction » à la place de « infraction » (les paronymes**), etc…

Une différence de sens, n’est-ce pas ?

Dans ce cas, le moine lettré interprétait ce qu’il copiait et écrivait son interprétation du mot plutôt que ce qu’il avait sous les yeux.

Pour le moine illettré, le problème n’apparaissait pas. Aucune interprétation n’était possible car il n’avait pas accès au sens de ce qu’il copiait.

 

Pour dessiner, il est donc nécessaire de se plonger dans cet état de conscience du “je ne sais, ni ne cherche à savoir ce que j’ai sous les yeux, étant uniquement attentif à ce que je vois, à ce que je touche avec les yeux”.

Il s’agit alors de la relation “innocente” avec ce qui nous entoure, celle d’avant les concepts, qui certes séparent les objets les uns des autres, mais nous servent aussi à sortir du chaos des perceptions.

Je rentre dans un monde où j’oublie le nom des choses et leur usage, où je n’ai même pas connaissance de l’espace, où ce que je vois se limite à une image plate, à 2 dimensions, comme l’illustre le petit enfant qui essaie d’attraper la lune dans ses mains.

Sans aller jusqu’à cette profondeur dans l’observation, la CNV nous propose l’observation des faits comme premier repère dans la relation à soi et aux autres.

Cela nous aide à nous libérer de tout jugement, nous permet d’accéder au monde incontestable de ce que je vois, entends, de ce qui peut être enregistré, pesé, mesuré…

Il n’y a plus alors, par exemple, d’enfants « travailleurs » ou « paresseux », mais des enfants qui font telle ou telle chose.

 

“Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps”, dit Gustave Flaubert.

 

L’observation ouvre à un univers de ralentissement.

Et si l’autre a d’autres perceptions que les miennes, il me sera possible “d’aller tranquillement sur sa colline”, pour voir le monde de son point de vue.

Ralentir nous permet de trouver l’intensité de vie que nous recherchons sans être rassasiés, dans la vie moderne si rapide.

Je ralentis en observant les faits et peux alors plus facilement descendre en moi-même, dans mon riche ressenti personnel et ce qui en est la cause en termes de besoins, de valeurs.

 

Voilà, selon mon expérience, en quoi le dessin d’observation, pratique de la lenteur au service de la relation à ce que je vois, peut servir l’apprentissage et la pratique de la CNV.

Comme la pratique du dessin d’observation crée un sentiment d’unité avec le visible, la CNV crée un sentiment d’unité avec soi-même et avec autrui.

C’est l’expérience à laquelle je vous invite par les stages « CNV et Dessin d’observation » que je propose sur ce site.

Prochains stages « CNV et dessin d’observation »:

les 4-5 juillet 2026 à Vienne (38): https://cnvformations.fr/formations/cnv-observation-dessin-vienne/

les 3-4 octobre 2026 à Malakoff (92) https://cnvformations.fr/formations/cnv-et-observation-developper-sa-faculte-dobservation-par-le-dessin-paris-malakoff/

 

*    Homonyme : se dit des mots de prononciation identique et de sens différent, qu’ils soient de même orthographe ou non (ex: ceint, sain, sein, saint…)

**    Paronyme : se dit des mots presque homonymes et qui ont un sens très différent (ex. poisson/poison).