Au revoir Thierri … · Actualités
La communauté des formatrices et formateurs de l’AFFCNV est profondément touchée par le décès de leur collègue et ami, Thierri Mourman, à l’âge de 74 ans. Certain.es d’entre vous l’ont peut-être connu dans une formation : il intervenait essentiellement en région PACA, sa région de résidence, mais aussi dans la région de La Rochelle et jusqu’en Polynésie.
Thierri était bien davantage qu’un ami pour nous : sa vie et son engagement se mêlent aux racines mêmes de la CNV en France. Après avoir rencontré Marshall Rosenberg, il y a près de 30 ans, il fera partie des pionniers français en CNV qui décident de se structurer pour développer la visibilité de la Communication NonViolente afin de la transmettre le plus largement possible. Nous sommes en 1996-1997 et et il rejoint avec Charlotte son épouse l’ACNV (Association pour la communication NonViolente), créée en 1991 par Laurence Bruschweiler, l’une des premières formatrices en Francophonie (avec Hélène Domergue, Anne Bourrit,Nicole Azincourt, Pascale Molho, …) dont elle sera la présidente et Thierri, son indéfectible trésorier. Il ne lâchera les rênes de la trésorerie de l’ACNV que pour reprendre celles de la toute nouvelle AFFCNV en 2013 qu’il gardera avec bienveillance et droiture pendant plus de 7 ans encore.
C’est donc pendant 24 ans qu’il s’est engagé bénévolement pour notre collectif, invitant le bureau chez lui, contribuant à la rédaction des diverses éditions de statuts, de la plaquette papier des débuts, à coordonner les offres de formation. Il portait une attention particulière aux difficultés de chacun. Son expérience en entreprise nous a aidés à prendre en compte à la fois la dimension humaine, relationnelle, et la dimension économique, organisationnelle.
Lors d’une réunion d’équipe à l’étranger en 2006, il fut même surnommé « Captain Camp de base », parce qu’il était sur tous les fronts et que sa façon de se mettre au service donnait de la solidité à toutes et tous. Il a aussi contribué à semer les graines de la CNV en Polynésie, dans certaines entreprises et auprès d’un certain nombre d’entre nous avec un cursus d’approfondissement qui existe encore aujourd’hui. Ses compagnons de la première heure comme celles et ceux qui ont eu l’occasion de travailler avec lui – en animation ou dans la gestion de notre association nationale, en région PACA dont il était un pilier – aimaient son sourire, son accueil, son goût des bonnes choses de la vie … mais aussi sa disponibilité, sa force de travail, son intégrité et la cohérence de sa posture et de ses actions avec ses valeurs.
Il aimait apprendre de lui, des autres et approfondissait sans cesse sa pédagogie pour qu’elle soit fidèle à ce que lui avait transmis Marshall Rosenberg. Il y aurait tant à dire pour honorer sa mémoire… Nous faisons le choix de lui laisser la place et de partager, avec beaucoup d’émotion, ce qu’il nous écrivait, en juin, alors qu’il se savait malade.
« Gratitude pour la CNV ! Elle m’a aidé à réaliser que j’ai les ressources (et que personne d’autre que moi ne sait ce qui est bon pour moi !).
Elle m’a entraîné beaucoup à prendre conscience que mes fonctionnements ont des conséquences sur les relations, à prendre l’entière responsabilité de ce qui m’arrive, … bref à me comporter différemment des comportements hérités ou impactés par mes blessures.
Ai-je un deuil à faire ou un deuil fait de ce que j’ai vécu au sein de notre réseau ? Je dirai plutôt que les deuils ont fait de moi quelqu’un d’autre, plus tolérant, moins attaché à un besoin de reconnaissance, et plus encore dans l’attention à l’autre.
Au moment où je prends du recul, quel est mon souhait, pour vous mes amis : que chacune et chacun continue à faire de son mieux pour œuvrer au changement social initié par Marshall Rosenberg. Et que cela se fasse dans la joie et la créativité, et « ensemble », l’individualisme n’est pas au service de la Vie !
Si le chemin peut sembler long, si notre monde est incertain voire chaotique, je garde l’espoir et j’ai confiance en nos énergies, en nos capacités à innover pour un monde différent, fait de solidarités, de partages et d’intégrité.
Pour ma part, cultiver la relation à soi, la relation aux autres, à la nature, et à plus grand que moi : voilà ce qui me guide dans ce chemin qui mène inéluctablement au pays de l’envers du décor. En laissant de la place à de l’inattendu et aux imprévus !
Je vous souhaite le meilleur, très sincèrement, et avec de la légèreté ! »
Nous envoyons toute notre affection à ses enfants et à sa famille.